La Russie et l’Ukraine (vus par Kadhafi)

11 août 2011 17

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Strategique.org vous propose plusieurs articles écrits ou issus de discours prononcés par le guide libyen Mohamar El Kadhafi, leader politique de la Libye, actuellement visé par l’Otan. Ces articles sont intéressants à plus d’un titre car, outre le fait qu’ils sont particulièrement clairvoyants et que Kadhafi propose des solutions claires et logiques à des problèmes de géopolitiques actuels (ce que nos technocrates occidentaux ne font pas : plus un problème est grave, plus ils se complaisent dans des théories fumeuses qui ne débouchent sur rien), ces articles montrent que les vues, les solutions, et les actes de Kadhafi sont complètement opposés à ceux de l’Otan et surtout des USA. Il n’est donc pas étonnant que les États-Unis, grâce à leur outils militaire européen qu’est l’Otan, aient poussé la France et l’Angleterre à attaquer la Libye (quoiqu’en disent certains commentateurs, Sarkozy n’a pas pris sa décision seul ; au contraire, depuis son arrivé à l’Élysée, la France est devenu un état vassalisé des États-Unis).

Ces articles sont regroupés par thème. Ils n’ont pas pour but de faire l’apologie du guide libyen, mais de démontrer que les vues géopolitiques de Kadhafi, s’opposant à celles de l’Otan et des USA, sont une des raisons premières de la guerre actuelle. Ces articles nous permettent également de démontrer que les analyses de Kadhafi rejoignent celles de beaucoup d’Européens qui souhaitent se tourner vers une alliance naturelle avec la Russie et non plus vers les USA, ces derniers s’étant jusqu’à maintenant acharnés à affaiblir les états européens et à éliminer les hommes forts qui auraient pu changer les choses (exemple : De Gaulle en 1968, etc.). Ces articles démontrent aussi que les Arabes ne sont pas obligatoirement anti-occidentaux et anti-européens, et que le fameux « clash des civilisation » est bien une idée fomentée par les États-Unis et certains extrémistes (aussi bien les wahhabites par exemple, que les sionistes, ou certains groupuscules européens). Ce qui tant à démontrer que le terrorisme (soi-disant islamique) actuel sert surtout les intérêts américains.

 

 

Provoquer la Russie

 

27.12.2008

 

La Russie a toujours été convoitée dans les processus d’expansion européens vers l’Est et a affronté toutes les armées dirigées contre elle par les nations européennes émergentes.

 

Au début du dix-neuvième siècle, Napoléon envahit de nombreux pays européens pour atteindre la Russie riche en charbon, en fer, en pétrole, en gaz et en or.

 

Les mêmes desseins animaient Hitler lorsqu’il dirigea sa puissante armée contre la Russie.

 

L’OTAN emboîte le pas aujourd’hui à Napoléon et Hitler pour arriver en Russie. Elle a profité du vide créé par la désintégration de l’Union Soviétique, du triomphe déclaré de l’occident dans la guerre froide contre le bloc de l’Est, de la défaite et du recul historiques de l’Union Soviétique, pour essayer d’intégrer tous les pays faisant jadis partie de la Russie et qui l’entourent actuellement, dans l’Asie Centrale, la Mer Noir et la Baltique, et ce après avoir absorbé la majorité des pays voisins de l’ex-bloc socialiste. La Russie a eu raison de considérer ce stratagème comme une provocation grave et un encerclement tous azimuts et surtout après la destruction et le démantèlement de la Yougoslavie, chaînon manquant du processus d’encerclement de la Russie par l’OTAN.

 

La Russie n’est pas une force à se laisser encercler, vaincre, affaiblir et subjuguer facilement. L’histoire moderne et ancienne regorge d’exemples dans ce sens. La Russie possède le plus grand stock d’armes nucléaires au monde. Elle compte 16000 ogives nucléaires pouvant êtres lancées à partir de silos, de sous-marins, et de bombardier stratégiques dont la Russie a le monopole dans le monde. Grâce à son arsenal nucléaire impressionnant communément appelé « le trio nucléaire » (missiles intercontinentaux, bombardiers stratégiques et sous-marins dotés d’armes nucléaires), la Russie est capable de compenser toute lacune dans ses forces conventionnelles en termes d’entraînement, de mobilisation et de capacités logistiques.

 

Étant épris de paix, nous appelons à éviter à l’humanité de nouvelles aventures à même de l’exposer, cette fois-ci, à la destruction et à l’extermination, contrairement au cas durant la deuxième guerre mondiale.

 

La provocation et l’encerclement de la Russie constituent une menace pour la paix internationale et augure d’une nouvelle guerre nucléaire globale, dont ont n’a pas besoin. Surtout que les Etats-unis se sont souvent basés sur des informations fabriquées, des analyses stupides et naïves et des avis incomplets et partiels.

 

L’occident, lorsqu’il s’est mobilisé avec enthousiasme pour l’indépendance du Kosovo, s’attendait-il à ce que la fièvre de la quête de l’indépendance s’étende à l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud ? Ou à découvrir, après coup, que les raisons qui ont conduit au bourbier américain en Iraq étaient basées sur des informations fabriquées de toute pièce, fournies par des agents ayant fui leur pays, dans l’espoir de profiter des largesses de la CIA.

 

Après la désintégration de l’Union Soviétique et la fin de la guerre froide, la continuation et l’élargissement de l’OTAN n’a plus aucune raison d’être si ce n’est d’occuper la Russie et le reste du monde par la suite.

 

L’Amérique [les Etats-Unis, ndlr], à l’instar de tous les autres pays du monde, a le droit de se défendre, et de jouir d’une paix durable. Sa position géographique, située entre l’océan Atlantique à l’Est et l’océan Pacifique à l’Ouest, l’Arctique au Nord et les petits pays d’Amérique centrale au Sud ne constituant aucune menace pour sa paix et sa sécurité, ce qui lui permet d’être un havre de paix pour les migrants et les réfugiés loin des aspirations et des conflits du vieux continent. L’Amérique a gagné le droit d’abriter le siège des Nations Unies, avec son Conseil de Sécurité, en tant que pays universel dont la prospérité et le développement ont été l’œuvre de tous les peuples du monde.

 

Que l’Amérique d’aujourd’hui soit partie prenante dans toutes les agressions que connaît le monde, voilà la vraie menace pour la paix et la sécurité internationales. Ceci risque de mettre en péril sa propre sécurité. L’Amérique doit opérer un retour à la « doctrine Monroe » du cinquième président américain James Monroe (1817-1825), à savoir : la non-ingérence dans les problèmes et les relations européennes, et empêcher toute expansion d’influence européenne en Amérique. Une doctrine qui devrait, par extension, interdire l’ingérence dans les affaires de tous les pays du monde.

 

L’Europe a également le droit d’être une force politique, économique et militaire, de constituer une entité politique, économique et militaire qui lui est propre et de devenir un nouveau pole dans l’échiquier politique mondial.

 

La Russie, en tant que force historique et émergente, doit avoir le droit de consolider ses capacités économique, politique et militaire lui permettant d’assurer sa défense.

 

L’Europe unifiée ne doit pas lier son destin à celui de l’Amérique lointaine. Elle doit constituer une zone tampon entre l’Amérique et la Russie, et pouvoir bénéficier des ressources russes en gaz et en pétrole. Car c’est la Russie et non les Etats-unis, qui est le partenaire stratégique de l’Europe. Les intérêts de l’Europe exigent des relations cordiales avec la Russie plutôt qu’avec l’Amérique sauf si les motifs étaient raciaux ou si ces relations étaient dictées par une acceptation par l’Europe de l’hégémonie américaine depuis la deuxième guerre mondiale.

 

La stupidité et la cupidité risquent de conduire l’humanité vers une autre catastrophe d’où nulle ne sortira gagnant cette fois. Il s’agira d’une guerre nucléaire globale entre parties détentrices d’armes nucléaires destructives.

 

Il faut que le monde sache que la Russie est différente de l’Union Soviétique. Une différence de taille sur laquelle j’attire l’attention du monde. L’Union Soviétique était un empire englobant des communautés ou plutôt des nations aux civilisations connues et auxquelles l’union avait été imposée par la force. L’Union Soviétique défendait une idéologie qui s’est avérée incapable de trouver racine auprès des peuples de l’Union, et même auprès de certains dirigeants du Kremlin.

 

La Russie d’aujourd’hui défend une doctrine politique économique et philosophique, la nation russe et l’identité russe… En claire son existence même. L’effondrement de l’idéologie marxiste n’a pas entraîné l’effondrement des nations, qui existent toujours et dont certaines ont acclamé la fin de l’Union et de son idéologie. Que reste-t-il alors ?

Une nation russe dont l’effondrement ne sera  possible qu’au prix de la perte de liberté, de la vie et de l’existence de la nation.

 

Le fait de ne pas apprécier la situation à sa juste valeur, et de ne pas tirer les leçons de la confrontation avec l’Union Soviétique et de sa fin, serait un suicide. Les subterfuges du passé seraient destructeurs pour leurs auteurs s’ils sont répétés avec la Russie. Les politiques impérialistes qui étaient de mise avec l’Union Soviétique conduiraient à la perte de leurs adeptes de nos jours.

 

 

L’Ukraine, problème réel

 

21.4.2009

 

En tant qu’acteur influent dans les affaires internationales, et soucieux de contribuer à la sécurité et la liberté dans le monde, en faveur de tous les peuples dont le mien, je fais part, dans la mesure du possible, de mon opinion concernant les questions et problèmes mondiaux dans l’espoir d’avoir un impact positif sur la politique générale mondiale.

 

Dans cet exposé, je vais traiter de la situation de l’Ukraine qui pose un véritable problème à mes yeux. L’Ukraine est un pays indépendant et souverain, membre des Nations Unies. Cependant, ce n’est pas suffisant pour les Ukrainiens. La raison en est l’histoire de ce pays et de la région entière. Mille ans auparavant, ni la Russie ni l’Ukraine n’existaient en tant qu’entités séparées, mais faisaient partie de Kieve-Russie, dont les Ukrainiens prétendent, avec fierté, constituer l’ossature. Ils avancent également que l’histoire commune et la composition démographique de la région font que leurs frères russes éprouvent des difficultés à reconnaître l’indépendance de l’Ukraine ou la langue ukrainienne ; occultée depuis deux centenaires.

 

Les Ukrainiens disent également que leur histoire est faite de lutte pour l’indépendance qu’ils ont acquise et perdue cinq fois auparavant, par manque de garantie. Selon eux, la première phase d’indépendance n’a duré que six mois, alors que la deuxième n’a pas dépassé trois mois. Il y eu même une période d’indépendance de 18 heures uniquement.

 

De leur côté, les Russes ne s’opposent pas officiellement à l’indépendance et la souveraineté de l’Ukraine qu’ils considèrent comme un état frère et voisin.

 

La gravité du problème réside dans le fait que l’Ukraine veut des garanties internationales pour son indépendance afin qu’elle s’assure de ne pas la perdre de nouveau. Mais de telles garanties seraient dangereuses et risquées pour la Russie. Ce que la Russie perçoit comme un risque pour sa sécurité constitue une garantie pour l’indépendance de l’Ukraine. Celle-ci œuvre ouvertement pour une adhésion à l’Union Européenne et à l’OTAN. Car c’est la meilleure garantie pour son indépendance. En fait, c’est une garantie dirigée contre la Russie. Les Russes, de leur côté, prétendent que les garanties réclamées par l’Ukraine posent un véritable risque pour leur sécurité et qu’elles ne sont pas nécessaires vu que la Russie reconnaît l’indépendance et la souveraineté de l’Ukraine.

 

Indépendamment de ce que disent les protagonistes, le problème est grave et dangereux. Si l’OTAN s’étend à l’Ukraine, elle frappera aux portes de Moscou. Et lorsque l’ennemie frappe à ta porte, soit tu le laisses entrer soit il défonce la porte. D’où les craintes de la Russie.

 

L’Ukraine essaie de tranquilliser Moscou en disant que sa constitution interdit les bases militaires étrangères sur le territoire national, et donc qu’il n’y a pas lieu pour la Russie de craindre pour sa sécurité. Moscou rétorque que la question ne réside pas dans l’existence ou non de bases militaires étrangères sur le sol ukrainien. Si l’Ukraine adhère à l’OTAN, le territoire ukrainien sera ouvert aux forces de celui-ci avec ou sans bases permanentes. Les forces armées ukrainiennes feraient partie des forces de l’OTAN, ce que la Russie refuse catégoriquement car cela constitue une atteinte directe à sa sécurité et donc un risque inacceptable.

 

L’Ukraine clame qu’elle ne fait que demander des garanties pour son indépendance et qu’elle est prête à signer toutes sortes de documents s’engageant à ne jamais permettre d’utiliser son territoire dans des agressions ou des attaques contre la Russie. Mais les Russes répondent que la simple adhésion de l’Ukraine à l’OTAN, une organisation ennemie, est suffisamment dangereuse.

 

D’autres problèmes secondaires et moins graves – mais non négligeables – viennent se greffer sur cette question principale. À moins qu’ils soient résolus, ils peuvent avoir des répercussions sérieuses sur les relations entre les deux états : l’île de Tuzla, le plateau continental, la délimitation des frontières, la ville de Sébastopol – et la base militaire russe – les événements de 1932-1933 (la famine), condamnée par l’Ukraine comme étant une tragédie du passée et non une accusation pour la Russie, la presqu’île de Crimée et la proportion des Russes parmi les Ukrainiens (20 %).

 

Voilà une image complète des vrais problèmes de l’Ukraine que j’ai tenues à exposer lors de ma première visite en Russie après l’effondrement de l’Union Soviétique et en Ukraine après son indépendance, afin d’aider à la sensibilisation sur ces questions. Mon but était également de contribuer à apprécier la situation en connaissance de cause afin d’éviter l’adoption de mesures ou de politiques qui risques de porter atteinte à la paix internationale, chère à mon pays comme à tous les peuples du monde. De telles politiques erronées peuvent affecter leurs auteurs également, ainsi que tous les acteurs de poids sur la scène mondiale : la Russie, l’Union Européenne et l’OTAN, dont la confrontation mettrait en danger la paix et la sécurité internationales.

 

Source : http://www.algathafi.org

 

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