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Attaque de Tripoli : risque stratégique après échec stratégique pour l’OTAN > Strategique.org

Attaque de Tripoli : risque stratégique après échec stratégique pour l’OTAN

22 août 2011 22

 

Lundi 22 août 2011

 

Alors que les rebelles – parmi lesquels des groupes d’extrémistes appartenant à la mouvance Al Quaeda – sont en plein combat au cœur de la capitale libyenne, Tripoli, et soutenus par les bombardements intensifs de l’Otan, nous avons déjà entendu et lu beaucoup de fanfaronnade ou d’autosatisfaction sur la stratégie adoptée par l’Otan depuis le mois de mars : comme quoi cette stratégie était bien la bonne, que l’attaque de Tripoli n’est que le résultat de cette stratégie, que finalement les rebelles, après des débuts laborieux, se sont révélés par la suite efficaces, etc., etc.

 

Enlisement des troupes rebelles

Bien que nos propos soient tenus « à chaud », ils le sont surtout pour rappeler à certains que la stratégie de l’Otan s’est jusqu’à maintenant révélée stérile. Quand bien même Kadhafi viendrait à perdre la partie et son régime a être déposé (ce qui n’est pas encore le cas, faut-il le rappeler) du fait que les rebelles attaquent soudainement au centre même de la capitale, ce n’est pas pour autant que la stratégie adoptée depuis mars a été la bonne. Car il serait bon de se rappeler que contrairement aux communiquées débiles des médias alignés et de l’Otan elle-même, les troupes rebelles n’ont quasiment pas avancée sur le terrain depuis le mois de mai. A la veille même de l’attaque sur Tripoli les positions des rebelles étaient les mêmes depuis plus de deux mois (à l’exception de quelques villages récemment « conquis »). Il faut comprendre que pour prendre un village, l’Otan le bombardait intensément pour en faire fuir la population et les troupes de Kadhafi, les rebelles entrant alors dans le village « libéré » pour s’y faire filmer, puis les troupes de Kadhafi revenant à la charge, les rebelles le quittaient précipitamment. Ces va-et-vient n’ont jamais permis aux rebelles d’approcher suffisamment la capitale pour les mettre en position de la menacer. L’attaque actuelle au cœur de Tripoli n’est pas due à une pseudo avancé inexorable des rebelles, mais a été réalisée par une infiltration d’unités « dormantes » puis par un débarquement.

 

Si la stratégie de l’Otan avait était la bonne, les rebelles auraient avancé plus ou moins rapidement vers Tripoli depuis longtemps. Peut être pas aussi rapidement que le pensaient initialement les chef de l’Otan, mais ils auraient irrémédiablement poussé devant eux les troupes loyales à Kadhafi. Ce qui n’a pas été le cas.

Les rebelles étaient en quasi déroute lorsque l’Otan est intervenue. Intervention qui a rétablit la situation et leur a même permis de gagner du terrain jusqu’à la fin avril. Mais dès le mois de mai les rebelles ont piétiné et ont été sauvé in extremis maintes fois par les bombardiers de l’Otan de situations catastrophiques face aux troupes de Kadhafi qui se battaient bien mieux.

 

La non-stratégie de la puissance aérienne

Il nous apparaît que la stratégie de l’Otan n’en était pas véritablement une, car une stratégie ayant pour but de conquérir un pays (1) ne se repose pas juste sur le fait de bombarder intensément une armée et ensuite laisser un ramassis de troupes hétéroclites, plus ou moins motivées, plus ou moins extrémistes (2), en tout cas sans réelle valeur militaire, faire le gros du travail… Car un pays se conquière au sol, et non pas dans les airs. Cela ne ressemble pas à une stratégie, mais plutôt à seulement une partie d’un plan opérationnel plus vaste. C’est comme si l’Otan n’avait pas achevé son plan des opérations et que sa stratégie d’ensemble aurait été proposée par un membre d’un « think tank » douteux sans réelle imagination ou, pire, que l’Otan n’aurait plus (l’a-t-elle jamais eu ?) de personnel capable de définir clairement une stratégie digne de ce nom ?… Ou bien les stratèges de l’Otan se sont-ils convertis et sont-ils définitivement devenus des adorateurs du dieu de l’aviation en voulant répéter les scénarii du Kosovo (1999) ou de l’Afghanistan (2003) ?

 

Talibans ? Non, rebelles libyens anti-Kadhafi.

 

Changement de stratégie : attaquer la capital libyenne

Nous tenons vraiment à ce que les personnes concernées ne se méprennent pas sur les causes d’une éventuelle victoire de l’Otan contre l’armée libyenne fidèle à Kadhafi : celles-ci ne sont pas dues à la puissance aérienne des bombardiers de l’Alliance atlantique. Ni au fait de soutenir des troupes de rebelles au sol par cette même aviation.

Car si les rebelles remportent la partie – ce qui est pour le moment loin d’être aussi sûr –, celle-ci aura été gagnée par l’attaque soudaine de la capitale.

Les bombardements et leur précision indiscutable auront permis de neutraliser les forces mécanisées et blindés de Kadhafi et par la suite d’empêcher ses troupes d’écraser les rebelles. Mais ces mêmes bombardements n’ont pas permis aux rebelles d’approcher et encore moins d’entrer dans la capitale. Car depuis le début, c’est la prise de la capitale qui aurait permis un dénouement au conflit. Il semble en fait qu’une partie des rebelles ayant attaqué Tripoli dès le soir du 20 août aient été des groupes infiltrés dans la ville au début du Ramadan, et furent activés par des appels diffusés par les haut-parleurs situés sur les minarets, ceux-ci servant également de sirènes lors des attaques aériennes – d’où le nom de l’opération choisi par l’Otan : « Opération Sirène » –, et qu’une autre partie ait été débarquée depuis des bateaux protégés par la flotte de l’Otan dans la nuit du dimanche au lundi 22 août. L’Otan bombardant alors intensivement tous les mouvements et les positions connues ou reconnues des troupes loyales à Kadhafi.

Ce qui est sûr, c’est que l’attaque a pris complètement au dépourvu les forces de Kadhafi, car déjà deux de ses fils auraient été capturés. Ceci démontre également les faiblesses de l’armée libyenne : si elle a été pris au dépourvu et par surprise, c’est qu’elle n’avait pas suffisamment protégé les voies d’accès de la ville. La suite des combats nous dira si elle avait un plan défensif dans le cas d’une telle attaque, mais nous ne sommes pas sûr qu’un tel plan existe ou soit applicable dans l’état des choses.

Il semble ainsi que le calme imposé par le Ramadan ait d’avantage profité aux rebelles et surtout à l’Otan qui a ainsi eu le temps de changer sa stratégie et de l’organiser. Mais il ne semble pas, à priori – mais laissons les événements futurs nous éclairer, que les troupes de Kadhafi aient profité de ce temps de répit à leur avantage.

 

Les attaques surprises de capitales

Une telle attaque surprise au sein d’une capitale n’est pas une nouveauté. Depuis l’antiquité on a vu ce moyen audacieux pour tenter de remporter rapidement une victoire contre un ennemi qui pourrait faire traîner les opérations de guerre. Parmi les exemples les plus récents nous pouvons citer l’attaque de Kaboul par les Soviétiques en 1979, attaque qui réussît, mais parce qu’une bonne partie des gens au pouvoir et de l’armée afghane étaient pro-soviétiques ; en 1968 l’attaque de Saigon, alors capitale du Vietnam du Sud, par les Vietminh aidés de la NVA (armée du Nord Vietnam) dans le cadre de l’offensive générale du Têt sur tout le pays, mais l’attaque échoua après que les troupes sud-vietnamiennes en garnison dans la ville aient repris l’initiative ; plus récemment, l’attaque de Grozny en novembre 1994 par des opposants tchétchènes au président Doudaev, soutenue et organisée par le FSB (service de contre-espionnage russe, ex-KGB) et composée de « mercenaires » (3), l’attaque se reposant sur la progression de trois colonnes blindées fortes de 40 chars T-72 et 3 000 combattants appuyées d’hélicoptères et d’avions de combat et se dirigeant vers le Palais présidentiel au centre de la ville où se trouvait le président Doudaev. Il est à noter que le GRU (service de renseignement de l’armée russe) avez confirmé que les forces de Doudaev étaient incapables d’offrir une quelconque résistance sérieuse… Les forces tchétchènes, bien que peu nombreuses (entre 1 000 et 2 000 hommes) et quelque peu indisciplinées, ont révélé leur combativité et défirent les colonnes blindées en 10 heures d’intenses combats où plus de la moitié des chars, 4 hélicoptères Mi-24 et un avion d’attaque au sol Su-25 furent détruits. Ce fiasco militaire et politique déclencha la première guerre de Tchétchénie avec l’intervention de l’armée russe et dura de décembre 1994 à août 1996.

 

Risque stratégique après échec stratégique

L’option prise par l’Otan d’intervenir directement dans la capitale n’est pas sans rappeler l’attaque de Grozny en 1994. L’avenir nous dira si ce choix permettra de vaincre Kadhafi. Mais le succès ou l’échec d’une telle stratégie dépend surtout de la capacité de résistance et de la volonté de vaincre des forces de Kadhafi ou de leur lassitude. Car si celles-ci reprennent l’initiative dans Tripoli, elles peuvent faire de la ville le tombeau des forces rebelles. Par contre si elles sont débordées et ne se reprennent pas, elles succomberont.

Le choix d’une telle stratégie par l’Otan, bien qu’innovant et ayant une chance de réussir (ce qui n’avait été le cas jusqu’à maintenant), et contrairement à ce que disent bon nombre de commentateurs, démontre en fait l’échec flagrant de leur stratégie précédente. L’Otan a su intelligemment la changer, tant mieux pour elle, mais dire que depuis le début l’Otan a fait les bons choix ou que ses options stratégiques prises en mars dernier étaient les bonnes, est soit hypocrite soit illustre une absence d’intelligence stratégique…

Et le temps qui s’est écoulé depuis mars n’a rien changé. Qu’on argue que les opérations militaires prennent du temps, même avec 6 mois de plus, cela n’aurait rien changé à la situation. Les troupes rebelles piétineraient toujours autant, voire auraient été repoussées au fin fond de la Cyrénaïque. Le fait de décider de tenter le tout pour le tout en attaquant au cœur de la capitale, capitale qui est largement favorable à Kadhafi, montre que justement l’Otan n’avait plus d’autres options – pour le moment –, car elle risque de perdre de nombreuses troupes rebelles dans l’affaire, ajouté d’un revers politique flagrant qui pourrait mettre fin à la guerre et laisser Kadhafi au pouvoir. Ce qui ruinerait la crédibilité de l’organisation qui paraît vouloir maintenir coûte que coûte son statut de plus grande alliance militaire du monde et de l’histoire.

 

Les malheurs libyens (et européens ?) ne font que commencer

En tout cas, cette subite attaque aura eu l’avantage de faire bouger les choses, sinon de les précipiter. Et le proche avenir nous dira qui l’emportera. Mais ce qui est sûr c’est que le peuple libyen n’a pas fini de souffrir, car soit Kadhafi remporte la victoire et l’Otan continuera alors de s’acharner sur le pays en le bombardant, en le soumettant à embargo, en l’agitant par des attaques d’extrémistes poseurs de bombes, etc., soit les rebelles remportent la partie avec la forte probabilité de déboucher sur une véritable guerre civile et un chaos digne de la Somalie, où chaque tribu veut venger les siens et prendre le pouvoir… sans parler des rebelles eux-mêmes qui, une fois la victoire assurée, vont vraisemblablement se diviser et se combattre les uns les autres, à l’image des Moudjahidines afghans lorsque les Soviétiques quittèrent le pays en 1989. Car ces rebelles sont déjà profondément divisés et n’ont malheureusement pas trop été habitués à régler leur conflit de façon politique et pacifique, d’autant que maintenant ils possèdent tous des armes, beaucoup d’armes… Merci à la France, au Royaume Uni et au Qatar pour ces beaux cadeaux. Espérons que ces armes ne se retourneront pas contre nous.

 

Notes :

1 – Appelons les choses par leur nom, croire que l’Otan bombarde la Libye telle qu’elle le fait depuis le mois de juin pour « protéger les civils » est complètement hypocrite.

2 – Rappelons que de nombreux rebelles sont des combattants d’Al Quaeda.

3 – En fait des soldats de l’armée russe débauchés pour l’occasion, soldats qui se sont chargés de la partie technique de l’attaque : conducteurs d’engins blindé, pilotes, logisticiens, planificateurs, etc., les troupes combattantes étant essentiellement tchétchènes.

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